Frédéric Moncany de ST-Aignan

Le préfacier s’exprime ici en son nom propre sans engager la responsabilité de son institution d’emploi

« Nous aurons réussi quand la France ne se définira plus comme des terres, continentales et insulaires, entourées de mers. Mais comme une terre, une seule et même terre de France, entourant toutes les mers ».

C’est par ces quelques mots extraits du discours d’Edouard Philippe[1], Premier ministre, lors des Assises de l’économie de la mer au Havre le 21 novembre que j’ai souhaité ouvrir cette présentation du « Précis de la puissance maritime, vers la faculté d’agir sur les océans » de Yan Giron. Au cours de son allocution, le Premier Ministre a présenté sa vision de la vocation maritime de la France et les objectifs qui seraient les siens et ceux de son gouvernement pour les années à venir.

En d’autres termes, il a présenté ses éléments de réponse à la question que nous nous posons tous depuis trop longtemps : « Comment la France, deuxième puissance maritime…en puissance, peut-elle devenir une « puissance maritime…avérée ? »

Dans son manuel de puissance maritime, Yan Giron propose, non pas des solutions miracles ; il n’y en a pas ! Mais des chemins de réflexions pour mieux comprendre les mécanismes de la puissance maritime. Quelles sont les forces en présence ? Sur quels terrains s’expriment-elles ? Quels affrontements faut-il dépasser ?

Avant de vous laisser découvrir cette grille de lecture de la puissance maritime que nous propose Yan Giron, je vous invite, par la puissance de l’imaginaire à embarquer quelques instants avec ce marin qui figure en couverture de cet ouvrage.

Il est seul sur la passerelle de navigation. Il fait nuit, mais il est au travail. Il veille, il conduit son navire. Travail solitaire au premier regard ; il est loin de toutes terres. Mais par les moyens de communications et ses écrans, il est connecté avec tous les acteurs de la chaine maritime. L’aventure maritime n’est pas une aventure solitaire. C’est une aventure solidaire. La puissance maritime est l’affaire de toute une nation. C’est ce que l’auteur appelle un triangle de puissance. Il est constitué des citoyens (et de leur représentation législative), du pouvoir exécutif et des pouvoirs économiques. Ce triangle est nécessaire mais pas suffisant pour transformer une puissance potentielle en une réalité. C’est à la solidification de ce triangle que le Cluster maritime français [2] travaille depuis plus de 12 ans, en créant puis favorisant les synergies entre les acteurs économiques du maritime, les instances institutionnelles et les décideurs politiques. Les Assises de l’économie maritime[3], organisées annuellement, sont l’expression vivante du triangle de puissance de notre nation maritime.

Moi aussi, au cours de ma carrière de marin, d’officier de la marine marchande puis de pilote maritime, j’ai souvent connu ces longs quarts de nuit où, les sens en alerte, on veille. Mais où les automatismes acquis par l’expérience montent la garde pendant que l’esprit se libère, par fragments, et vagabonde. La solitude de la nuit est propice ; dans sa tête, on réfléchit sans ordre apparent, mais presqu’involontairement en ayant soin de couvrir tous les aspects du problème. Et souvent, aux premières lueurs de l’aube, les éléments de stratégie sont là, les objectifs clairs et les moyens d’y parvenir semblent simples. L’optimisme et l’espoir se lèvent avec le jour nouveau.

A la lecture du précis de puissance maritime, j’ai retrouvé cette sensation. Ce précis, par les   connaissances qu’il expose, les expériences qu’il détaille, les lectures auxquels il se réfère et les pistes de réflexions qu’il ouvre donne de l’optimisme et porte l’espoir. Et ainsi que Yan Giron, l’écrit lui-même : « …l’espoir, c’est-à-dire le désir de s’engager dans une direction sociétale partagée par le plus grand nombre et l’ensemble des pouvoirs. L’espoir projette dans l’avenir… ».

A l’image de ces premières lueurs qui annoncent le jour nouveau, l’espoir se nourrit de signes avant-coureurs. A l’heure où j’écris ces lignes, ils sont là.

Certes encore trop faibles, certes encore trop dispersés mais bien présents. Jamais la prise de conscience de l’importance de la mer et du maritime n’a été aussi grande dans notre pays. Les ouvrages et les émissions sur la mer se multiplient. Les prises de paroles sociétales ou politiques sur l’Océan et ses promesses ne se comptent plus. Les institutions se dotent d’outils de gouvernance pour la croissance bleue.

L’an dernier, sous l’égide du Président de la République, le Comité France Maritime s’est créé. Il rassemble dans un triangle de puissance, le pouvoir exécutif au travers du Secrétariat Général de la Mer[4], les acteurs de l’économie maritime au travers du Cluster Maritime Français, et les Régions littorales par leurs représentants élus. Ce comité est chargé de bâtir des stratégies de court, moyen et long terme afin de doubler le poids de l’économie maritime française.

A l’Assemblée nationale, avec la mandature débutée en juillet 2017, pour la première fois de l’histoire de la Vème république, des groupes de parlementaires dédiés à l’économie bleue se sont créés.

Les programmes de l’Education Nationale comportent depuis quelques années un volet important sur l’enseignement de la Mer[5]. Les initiatives se multiplient pour que la Mer soit présente dans les écoles dès le plus jeune âge.[6]

Enfin et pour conclure sur ces signaux encourageants, je citerai Emmanuel Macron, Président de la République, dans son discours de restitutions des Assises de l’outre-mer le 28 juin 2018 : « Nous sommes la deuxième puissance maritime du monde, la première d’Europe. Et nos façades maritimes sont aux trois quarts ultramarines, c’est une richesse inouïe, et nous ne la valorisons que trop peu. J’aurai l’occasion, dans les prochains mois, de développer une stratégie de la mer revisitée, profonde, ambitieuse, qui va des sujets de Défense au sujet commerciaux, qui porte une vraie stratégie de recherche et d’innovation, qui doit passer, par là aussi, de nouvelles énergies à des innovations radicales, mais nous devons, là aussi, assumer que les territoires d’Outre-mer sont au cœur de cette stratégie maritime française, cette stratégie océanique repensée. »

Notre pays a plusieurs fois au cours de son histoire, manqué ses occasions de devenir une grande nation maritime. L’espoir renaît. Alors arrêtons d’entretenir le culte de l’impuissance et du défaitisme. Arrêtons de déplorer l’absence de prescience maritime de la France et de ses dirigeants. Avec ce précis, regardons nos faiblesses, nos risques, et soyons en conscients, pour mieux les maîtriser et les contourner. Avec ce précis, prenons un peu de hauteur, posons-nous les vraies questions, regardons sans complaisance les leçons du passé et choisissons les stratégies qui feront que tous ensemble, décideurs publics et privés et citoyens, tous engagés, nous passerons de l’incantation à l’action et qu’enfin avec Jean-Marie Biette, nous puissions écrire « La Mer est l’avenir de la France »[7].

Frédéric Moncany de Saint-Aignan

Président du Cluster Maritime Français

[1] https://www.gouvernement.fr/sites/default/files/document/document/2017/11/discours_de_m._edouard_philippe_premier_ministre_-_assises_de_leconomie_de_la_mer_le_havre_-_mardi_21_novembre_2017.pdf

[2] http://www.cluster-maritime.fr

[3] https://www.economiedelamer.com/

[4] https://www.gouvernement.fr/secretariat-general-de-la-mer-sgmer

[5] http://eduscol.education.fr/uploads/tx_cndpvideoflv/transcription_smits.pdf

[6] http://maudfontenoyfondation.com/http://www.fondationdelamer.org/convention-education-nationale/

[7] http://www.editionsarchipel.com/livre/la-mer-est-l-avenir-de-la-france/