Le film qui décrit l’une des premières guerres économiques du XXIe siècle sur les océans

25 mars 2016 par Yan Giron

Voir gratuitement le film en replay gratuitement jusqu’à fin juin sur le site de Vimeo 

Un documentaire sur une situation maritime d’actualité

Dans ce documentaire de 52 minutes, que vous pouvez visionner en replay gratuitement pour quelques semaines, Mathilde Jounot présente un autre regard sur l’implication très présente des « trusts caritatifs » sur les océans.

Elle a pu capter lors de la COP 21 les positions et les stratégies des plus grandes organisations non gouvernementales internationales sur les océans, et notamment celle qui emploie une ex-commissaire européenne aux océans, recrutée à peine 4 mois après le terme de son mandat.

Les stratégies de ces acteurs sont de nouveau à la manœuvre en ce mois de mars 2016, lors de la négociation, dans le cadre de la Convention des Nations Unies sur le Droit de la Mer, d’un accord supplémentaire sur la Haute Mer. Accord dans lequel certains trusts caritatifs aimeraient voir inscrite la « protection de 30% des surfaces maritimes ». Pourquoi ? Vous trouverez des pistes dans ce reportage, notamment en matière de financiarisation de la surface maritime. Celle-ci peut prendre la forme de  concessions maritimes financières à coût « 0 », car réalisées sous couvert de conservation océanique.

Les océans sont un démultiplicateur de pouvoir et parfois de puissance. Les océans sont une réserve de richesse, et vous n’imaginez pas encore tout : qui aurait pu croire il y a 20 ans qu’on en aurait fait un support financier ?

Les océans sont un enjeu et un potentiel dont il faut prendre ou perdre le contrôle.

La nouvelle gouvernance internationale, sans les Etats, sans les citoyens

Comme bon nombre d’autres secteurs, ce potentiel tombe sous le coup d’une législation et d’une gouvernance internationale. Il est rappelé dans ce film que, depuis les années 1990 et Kofi Annan, la gouvernance doit se faire entre les organisations internationales, les firmes multi et transnationales et les ONG. Exit les Etats. Exit les citoyens.

Ce qui se passe sur les océans au niveau international conditionne aussi ce qui se passe au niveau national.

La réglementation internationale a ceci de particulier sur les océans, que c’est elle qui finalement détermine les droits des Etats, y compris dans leurs propres espaces. Le droit international est un produit récent sur les océans, issu d’une nationalisation progressive de l’espace maritime, de la côte vers le large. Les océans de l’Union Européenne métropolitaine ont été mis en commun pour la pêche depuis 1976. On décide à New-York ou à Bruxelles, et en final les Etats appliquent et transcrivent dans leur réglementation ces engagements, pour leurs Zones Economiques Exclusives.

Le jeu du « Normer le monde » s’applique donc tout particulièrement sur les océans. Initialement confinée dans un dialogue et une coopération entre Etats, la gouvernance mondiale des océans est depuis 1996 pénétrée par les grosses ONG environnementales et des multinationales, les deux représentant des acteurs privés. Les ONG environnementales revendiquent même l’étiquette de « représentant de la société civile ». Mais qui a voté pour désigner ces représentants ? Pourtant ces acteurs privés participent à la définition de la norme, qui s’applique en retour à tous.

Prendre le contrôle des océans, c’est aujourd’hui prendre le contrôle de la décision publique, tout en la maintenant en façade. Cela se fait par l’influence directe au niveau des rencontres internationales, directe au niveau des gouvernements, indirecte au niveau des citoyens.

Tous les leviers de l’action de guerre économique sont mobilisés pour prendre le contrôle des océans aux Etats-Nations

Vus sous l’angle de la guerre économique, et des outils de l’intelligence économique, les océans sont un véritable laboratoire : laboratoire des déploiements de pouvoir, de puissance ; laboratoire des techniques d’influence ; laboratoire des smart powers. Tout y passe ! Stratégie des chocs, scénarisations, story telling, attaque en réputation par le contenu, attaques par la norme, détournement de légitimité, instrumentalisation, manipulation par l’engagement, opérations sous fausse bannière, public profane sous informé, Problème -Emotion – Réaction – Solution/Contrôle, plaidoyers de légitimité, partenariats gagnants-gagnants éphémères, mais efficaces.

Regardez donc ce documentaire d’investigation, avec le regard de la démocratie et celui de la guerre économique, c’est ce dont il parle. Accaparement et privatisation des océans ? oui, mais aussi accaparement de leur gouvernance ….

Décoder les mécanismes, c’est déjà apporter une réponse. Ré-investir le politique, ce n’est pas impossible, il y a de l’espoir. Surtout quand l’attaque est informationnelle. La contre information et la prise de conscience sont salutaires.

 

Approfondir :

Lien vers l’article d’origine : https://www.linkedin.com/pulse/le-film-qui-d%25C3%25A9crit-lune-des-premi%25C3%25A8res-guerres-du-xxie-yan-giron/