Quelles relations entre le privé et le public sur les océans ?

25 janvier 2016 par Yan Giron

Introduction à l’article « La croissance bleue, puissances publiques versus puissances privées » paru le 19 janvier 2016 sur la revue web de géopolitique DIPLOWEB, animée par Pierre Verluise.

« La non prise en compte de la relation entre l’Etat et le privé sur les océans présente un risque d’accaparement des biens publics. La croissance bleue sans le stratégique conduit à une crise de la stratégie et du savoir-faire publics. »

Dans ce premier article co-écrit avec Sarah Lelong (Consult’Ocean) et Viviane Du Castel (ISEG – Membre du CATSPAW Group), nous développons une première approche de géopolitique des océans, qui permet d’aborder ensuite des grilles de lecture plus complexes de la géostratégie des mers.

En faisant le choix de présenter en tout premier lieu la question de  la relation public/privé, nous proposons une grille de lecture qui n’est pas courante.

Usuellement décrit par le terme de « lobby », lui-même évoqué  de plus en plus comme synonyme de la notion « industrielle », le secteur privé a une dimension plus complexe. Il ne se résume pas d’ailleurs aux simples segments dits « à but lucratif ».

Aujourd’hui, le secteur privé, sur les océans, englobe aussi bien le segment du capitalisme de production (qui exploite ou se déplace sur les océans), le capitalisme financier (qui investit dans le capitalisme de production, spécule sur ses avoirs sur le deuxième marché,  et qui commence à investir dans des produits financiers « verts » liés au « paiement des services écosystémiques »), et le capitalisme philanthropique qui soutient, voire crée et initie des organisations non gouvernementales, notamment environnementales. Compte-tenu de l’histoire du capitalisme, un même acteur peut aujourd’hui être représenté sur ces 3 segments simultanément, et utiliser toutes ces facettes pour exprimer sa puissance sur les océans.

Aucune de ces formes  de capitalisme n’est représentante de la « Nation », au sens de la Nation souveraine sur les océans. Ce n’est pas la connotation politique de la « souveraineté » qu’il faut invoquer ici. Mais celle juridique associée à la Convention des Nations Unies sur le Droit de la Mer. Aucune de ces formes d’activités privées ne représente la société civile : aucune ne procède à des élections ouvertes à la Nation, leurs dirigeants sont nommés ; aucune ne s’appuie sur sa base pour définir les messages et les axes d’intervention, qui sont définis par leurs comités directeurs internationaux.

Nous décrivons donc dans cet article les relations particulières reliant l’ Etat aux différentes formes du privé sur les océans. Et ce dans le contexte actuel de la montée en puissance des enjeux économiques sur les océans. Nous pointons également les risques de dérives en cas de non maîtrise de cette croissance bleue, notamment en matière d’accaparement des espaces maritimes. Ces risques sont amplifiés lorsque la vision stratégique publique n’est pas formulée. En clair, que veut-on faire des océans, au bénéfice de la « Nation » ?

Lien vers l’article d’origine : https://www.linkedin.com/pulse/quelles-relations-entre-le-priv%25C3%25A9-et-public-sur-les-oc%25C3%25A9ans-yan-giron/